Ecrit par Anankè

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Durant des siècles, la science n'a fait que tâtonner à la recherche d'elle-même avec un certain obscurantisme qui ne redorait guère son blason face à la religion sa rivale. Par un dogmatisme extrême qui la présentait comme l'unique détentrice de toute vérité, rationnelle ou non, elle s'est égarée dans un conservatisme qui lui ruina bientôt toute crédibilité.

De nos jours en revanche, la science a intégré le doute à l'intérieur d'elle-même : elle se sait précaire, provisoire, et ne croit à ses théories que par une sorte de convenance selon laquelle il faut bien, par exemple, accepter l'arbitraire du langage pour pouvoir communiquer. Bien au-delà du doute cartésien, l'incertitude s'érige en principe et la science impose la reconnaissance de sa propre ignorance.

Il fallait donc bien élaborer un mode d'expression qui reflétât cet anti-dogmatisme généralisé, tout en ramenant la recherche scientifique à quelque chose de plus spontané et de moins conventionnel.

Aussi fut créée au début du siècle dernier, la logique informelle, qui autorisa les scientifiques à exercer leur activité même en short et en tongues, tout en leur donnant un support de réflexion adapté à des recherches pour ainsi dire avant-gardistes.

Comme chacun sait, la logique traditionnelle, ainsi que la métaphysique qui l'accompagne, a pour point de départ le principe de non-contradiction, selon lequel, pour une proposition P, P=P. On se réfèrera ainsi à Métaphysique, gamma 4, où Aristote démontra avec virtuosité qu'un homme ne peut être un cheval ni une plante.

La logique informelle, grande invention de la modernité s'il en est, a fait fi de ces conceptions dépassées et absconses non sans être inspirée par Platon qui démontra avec tout autant de virtuosité qu'un homme est assimilable à un poulet plumé.

Le principe de la logique informelle n'est donc plus celui de la non-contradiction mais de l'esprit de contradiction, qui s'informalise dans l'expression suivante : P=P, ou pas.

De ce principe premier découle un certain nombre d'outils mathématiques tel que le théorème de la théologie, qui affirme que "Dieu existe, ou pas", et s'accompagne
- de sa réciproque, "Dieu n'existe pas, ou peut-être que si",
- de sa contraposée, "Dieu est peut-être un spaghetti volant"
- et de son corollaire, "D'ailleurs, on s'en fout."

La logique informelle a bien évidemment renouvelé de grands principes auparavant considérés comme irréfutables : ainsi le principe d'Archimède a été remplacé par le principe de Claude François, selon lequel tout corps plongé dans l'eau, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force qui le pousse à sortir de sa salle de bain, ou pas.

Le principe de l'esprit de contradiction est également à l'origine des lois de Murphy, à travers la proposition suivante : "ce qui se produit, se produit, sauf si c'est une bonne chose."

Par ailleurs, la logique informelle est en parfait accord avec le fonctionnement général de l'informatique - réalité par excellence du monde moderne - comme le montre la proposition suivante : "l'ordinateur démarre, ou pas."

La logique informelle s'est étendue à tous les domaines de la culture humaine, jusqu'à devenir une logique de vie. Dans sa dimension philosophique, la logique informelle applique cette affirmation informelle :

Ne soyons pas formels, rien n'est certain, et sur le fond, la forme, on s'en fout.

Ce qui, je suis formelle là-dessus, est d'une fécondité rare.