Ecrit par Shay

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"Le tout est plus que la somme de ses parties", aurait dit un jour Lebesgue, faisant par là même une évidente référence implicite à la pensée systémique d'Edgar Morin (du moins s'ils avaient vécu en les mêmes temps).

"D'la merde", lui aurait répondu Lamarzeline qui passait par là, en dépit du fait que je me demande si ce type existe vraiment ou si je l'ai uniquement inventé pour le besoin du récit.

Il faut bien voir qu'à cette époque et de nos jours encore, la théorie du calcul intégral de Lebesgue faisait (et fait toujours) force de loi en milieu mathématique.
Alors que Lamarzeline, rien, niet, nada.
C'est vous dire l'ampleur de sa frustration, que vous comprendrez mieux au vu de la pourtant formidable théorie qu'il développa en contrapposition : le calcul lyophilisé.

Au sens de Lamarzeline, le calcul intégral est voué à l'échec et l'inutilité.
En effet, à quoi bon s'embêter à calculer l'aire sous une courbe entre deux limites, qu'elles soient infinies (et c'est alors beaucoup de souci pour des chiffres que, par définition, on ne verra de toute façon jamais) ou finies (et donc sujettes à tout changement) ?
Il est bien plus sage, plutôt que de chercher "le tout", d'en revenir à "la somme des parties"; et c'est pourquoi l'idée fondamentale du calcul lyophilisé est la décomposition extrême de toute fonction en un ensemble de points distincts.

Poussons la théorie encore plus loin : plus que la courbe, vision purement graphique, c'est la fonction elle-même qu'il faut décomposer, désolidariser en une somme de parties.

Mais comment, comment ? Car si l'idée était claire, sa mise en pratique l'était beaucoup moins.

Mais le hasard de la vie fait parfois bien les choses. Un jour que Lamarzeline se plaisait à théoriser en extérieur, pour profiter au mieux du soleil, de la douceur du printemps et de l'absence de mathématiciens armés de torches et de bons gros bâtons à sa poursuite, le temps se gâta et tourna à la pluie.
Occupé qu'il était par ses tergiversations, notre mathématicien ne s'en aperçut pas de suite, et l'averse arrivant avec brusquerie, ses papiers sur lesquels il avait couché tant d'idées, de courbes et de fonctions, se gorgèrent d'eau et se liquéfièrent totalement.
Une fois à l'abri, Lamarzeline entreprit alors de sécher ses écrits.
Quelle ne fut pas alors sa surprise, en s'apercevant que ceux-ci, l'eau s'en échappant, se racornissaient, se flétrissaient, se désagrégeaient !

Bon sang mais c'était bien sûr ! La solution était là, devant ses yeux : l'avenir du calcul intégral était au calcul sans eau.

Ainsi naquit le calcul lyophilisé. Privées d'eau, les fonctions et équations se désagrégeaient en éléments simplissimes, qu'il suffisait alors de réarroser pour les relier entre eux. Des mathématiques belles, simples, naturelles et presque botaniques, tant et si bien que la prochaine étape se devait d'être d'incorporer des floraisons au sein des équations, pour plus d'harmonie.

Arrivé à ce stade de la réflexion, il fut bien vite rattrapé par tout un tas de mathématiciens en colère, adeptes de l'usage de bons gros bâtons; et c'est ainsi que cette théorie sombra dans l'oubli.