Ecrit par Tif

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Je vous parle aujourd’hui d’une science née pour résoudre un problème que nous avons tous un jour où l’autre, discipline bien trop méconnue à tort par les temps qui courent, qui d’ailleurs ne reconnaissent par grand-chose : l’ophtalmologie gastrique.

Je sais ce que vous allez me dire, mais je m’oppose avec virulence à cette critique facile trop souvent élevée contre cette noble science : l’ophtalmologie ou étude des maladies de l’œil, n’a pas de rapport avec le mot « gastrique » qui fait lui référence à l’estomac. Que nenni, insouciants ! Le lien est évident, pourtant, et ne doit qu’à votre ignorance d’être ainsi bafoué. L’ophtalmologie gastrique fait, évidemment, référence à l’étude des yeux du ventre.

Si vous ne voyez toujours pas, il s’agit de la preuve que vos yeux ne sont pas à la place à laquelle ils devraient être et je vous invite à prendre rapidement rendez-vous à mon cabinet avec ma secrétaire, vous pourriez avoir besoin de mes services. Je signale, pour avoir eu de mémorables expériences dans le passé, que vous êtes priés de bien vous assurer d’avoir compris que si l’on trouve à la fois sur ma porte les mots « cabinet » et « gastrique » ensemble, il ne s’agit nullement des toilettes de l’établissement, merci. Pour les distinguer, c’est simple, ma secrétaire ne porte pas de blouse et vous demande nettement plus qu’un pourboire à la sortie.

Pour utiliser un langage simple, l’étude des yeux du ventre est d’une fondamentale importance, car il est bien connu que les organes ont tendance à se déplacer au gré de vos humeurs ; ainsi il vous est certainement arrivé d’avoir l’estomac dans les talons, le cœur retourné, les boules au fond de la gorge. Je vous renvoie dans ces cas à mes éminents confrères dont c’est la spécialité, et revenons-en à l’ophtalmologie gastrique si vous le voulez bien. (1)

Imaginez un instant que vos yeux se soient déplacés au gré de ces mouvements organiques jusque dans votre estomac au moment où vous passez devant disons, une pièce montée pour 200 personnes recouverte de chantilly par exemple (2), et qu’il vous arrive brutalement d’avoir les yeux plus gros que le ventre ? Vous risquez purement et simplement l’explosion, et vous maudirez le dédain accordé jusque là à votre ophtalmologue gastrique de quartier en vous ruant chez lui, tordu de douleur.

Pour éviter ce genre de désagrément il aurait pourtant suffit d’une occasionnelle visite de routine pour vérifier que vos yeux restent à leur place. Le traitement est de choc, mais radical : une dilatation progressive de l’estomac, douloureuse mais salvatrice. En effet au bout de quelques séances, la vacuité de vos finances devrait faire que tout autour de vous soit un luxe, le moindre désir vous rendra donc les yeux plus gros que le ventre. Mais vous conviendrez facilement que la santé passe avant tout, et votre médecin se sacrifie pour vous en acceptant un payement qui lui interdit le traitement.

Quelle noble science que celle ou le médecin se met en danger pour ses clients ! L’ophtalmologie gastrique a, je vous l’assure, encore de beaux jours devant elle.

(1)Si vous ne le voulez pas également d’ailleurs, c’est ma conférence tout de même.
(2)Si vous n’aimez pas la chantilly, remplacez cette phrase par autre chose ou allez vous faire voir, j’ai pas que ça à faire.