Ecrit par Shay

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Il tombe sous le sens commun que parmi les impératifs obligatoires faisant force de nécessité à l'émergence d'un succès dans le milieu cinématographique, l'importance d'un bon jeu d'acteur est primordiale.
Et cette primordialité est de prime importance, non seulement eu égard à la crédibilité personnificatoire du film, mais également à l'impact émotionnel sur le public.
Là où un bon acteur entraîné fera trembler les salles, au cours d'un dialogue enflammé et empli d'héroïsme pendant l'ultime combat de l'Humanité contre les envahisseurs hommes-tamanoirs mutants enragés mangeurs d'hommes venus de l'espace, le mauvais acteur n'éveillera que le doux ronflement d'un public subitement narcoleptique, ou même le placide grésillement du vol de l'unique mouche survivante de la salle.

Or, si le jeu d'acteur purement physique est une chose, le jeu verbal, le phrasé, tout ce qui traduit l'émotion de façon orale, en est une tout autre.
C'est là affaire de jeu mais aussi de langage, de prononciation : de phonétique.
Évidemment, des cours d'acteur existent, ces choses là s'apprennent et s'enseignent et s'intructionnent, et même que parfois certains finissent par en retenir quelque chose, ou alors on compense avec de gros effets spéciaux et/ou la mort tragique et brutale de l'acteur (1).

Mais il est une discipline filmatographatoire encore plus délicate et dangereuse à aborder pour l'acteur néophyte peu aisé avec la phonétique : le film muet.
Certes, de prime abord, on pourrait croire que, franchement, la phonétique pour un film qui parle même pas, on s'en fout un peu beaucoup.
Certes, de second abord, on pourrait, dans un sursautatoire élan d'humanisme, songer un bref instant aux sourds et mal-entendants qui souffriraient mal, étant à même de lire le texte sur les lèvres des acteurs, de ne percevoir qu'une pantomime de diction mal finie par un acteur peu scrupuleux d'apprendre son texte quand personne ne va l'entendre.
Certes, de tierce abord, on pourrait se dire que merde à la fin, ils ont qu'à lire les textes quand il s'affichent et puis c'est tout, c'est déjà bien beau qu'on s'emmerde à faire des films sans composante audiophonique dans le vague et vain espoir d'un semblant d'égalitarisme pour ces gens qui font rien qu'à piquer un caprice après.

Mais c'est là bien ignorer le fonctionnement intrinsèque du film muet.
En effet, peu de gens le savent, mais les panneaux noirs et blanc servant de support textuel au film muet, doivent en vérité être PRONONCÉS par les acteurs !
Une performance qui tient de la prouesse, et qu'il est loin d'être donné à tout le monde de maîtriser correctement.

C'est ainsi qu'est née la discipline de Phonétique du Film Muet, qui consiste donc en l'art de prononcer des carrés noirs et blancs avec du texte dessus, et mieux encore, temporellement décalés par rapport à l'action.
Cette discipline, qui mêle une étroite délicatesse, une grande sensibilité artistique et une somme considérable d'efforts, souffre hélas d'un important manque d'engouement, lié selon certains à son profond et total inintérêt.

Ce qui explique pourquoi elle a été en définitive totalement abandonnée, au profit de films bassement sonores.

(1) Au sens filmatoire autant qu'au sens réel. Certains réalisateurs sont très tatillons sur le jeu d'acteur, et les mauvais acteurs se trouvent à la pelle. Et quand bien même on en trouve pas, on a qu'à prendre un sportif connu ou une chanteuse à poitrine centripète, et c'est bien assez comme ça.