Ecrit par Exmakhina

Amis de la cryptozoologie, compagnons de l’étrange et du farfelu, créationnistes, communistes, raéliens, bonjour. Nous faisons cette semaine une escale en Asie Centrale pour découvrir ce merveilleux quadrupède qu’est le stek, de son nom latin, skekius claucanicus.

De l'ordre des Artiodactyles, le stek est un mammifère herbivore fort peu connu s'apparentant à son lointain cousin, le gnou. Il évolue principalement dans les steppes et les montagnes d'Asie Centrale, en petits groupes d'une demi-douzaine d'individus qui fusionnent en septembre pour la Grande Migration Transversale joignant la Dzoungarie au désert du Taklamakan.
Lourd, massif et peu commode, le stek est muni de quatorze paires de cornes recourbées d'une trentaine de centimètres, disposées sur sa tête, son encolure, son garrot et le long de sa colonne vertébrale. Elles lui permettent certes de se défendre d'éventuels prédateurs, mais leur usage principal est bien différent: Le stek dispose de muscles abdominaux et glutéaux surdéveloppés qui lui permettent d'effectuer, après un saut d'une cinquantaine de centimètres de haut, un retournement rapide sur lui-même. Il retombe ainsi les quatre membres en l'air, les cornes solidement plantées dans le sol. Cette position lui permet de brouter sans la moindre fatigue les herbes et les lichens poussant sous les avancées rocheuses. Ses yeux étant très fragiles et hypersensibles aux UV (1), il peut également dormir ainsi sous une pierre plate, la tête à l'ombre, pour reposer les précieux organes.

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L'animal mesurant 1m60 au garrot et pouvant peser jusqu'à une tonne, on imagine aisément que cet étrange exercice de retournement représente pour lui un effort tout à fait colossal. Et en effet, il a pour habitude de pousser un hurlement typique très impressionnant lors de ces pirouettes de géant. Ce cri, pense-t-on, le soulage lors de ce moment d'extrême tension musculaire: on l'appelle le bazoutement. Il s'agit d'un lourd grognement suivi d'une note rapide et aiguë très caractéristique, que l'on pourrait transcrire comme suit: "Grrrrraaaaaoum hiiiiiiiiiiiiiiii". Lors de la Grande Migration Transversale, il est assez amusant d'observer des centaines et des centaines d'individus présentant leur ventre au ciel ou poussant de terribles bazoutements, dont l'intensité est d'autant plus forte en période de reproduction. Le stek n'est capable de se retourner que vers l'âge de 18 mois, date à laquelle il sera sevré et en mesure de se reproduire. Il observe longuement les adultes avant de répéter lui-même la technique qui va lui permettre de survivre dans les milieux les plus hostiles en broutant les plus rares et inaccessibles végétaux.
La reproduction étant très périlleuse pour le mâle, qui doit faire face aux redoutables cornes hérissant le dos de la femelle, il est d'usage que celle-ci opère un retournement avant le coït, facilitant ainsi les opérations. Des légendes locales affirment que les premiers humanoïdes n'auraient commencé à expérimenter la position du missionnaire qu'après avoir observé ces animaux, héritiers du Jurassique. Lorsque le petit stek nait, ses cornes sont encore molles: ce dispositif permet aux mères de ne pas mettre au monde dans la plus grande douleur.
Le stek est aujourd'hui en voie de disparition, car les modifications climatiques ont détourné l'itinéraire ancestral de la Grande Migration Transversale en la faisant serpenter dans des forêts de feuillus. Les longues cornes des animaux se prennent alors systématiquement aux branches basses ; fatalement, les steks essaient de se dégager par un rapide retournement et meurent bien souvent dans d'atroces souffrances, suspendus, emberlificotés, saucissonnés. Lors de ce moment de stress intense qui précède la mort, le stek décharge sa vessie d’une grande quantité de liquide ayant des propriétés comparables avec la PDG, très réputée chez les nitoyens de Nitonie. Mais ce n’est pas là la seule utilisation culinaire de l’animal : en effet, les autochtones se font chaque année une fête de la Grande Migration Transversale, à l'occasion de laquelle la cueillette de stek est particulièrement abondante. Après avoir été décrochée, La bête est ensuite préparée suivant la recette aujourd'hui bien connue du fameux stek tartare.

(1) Qui n’ont de cesse de leur demander une frimousse conforme, sans succès.
(2) Photographie prise sur le vif par notre cryptozoologue ouzbèke envoyée spéciale, Ex Makhina. C’est un cliché exceptionnel, car un stek retourné perçoit parfaitement les vibrations du sol soulevées par les pas, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une démarche ridicule ; sa fuite est alors immédiate.