Ecrit par Mezcal

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Comme chacun le sait maintenant, le futur influe le passé et le présent. Ainsi, ce n’est pas du chevalier Barbier de la Serre que Louis Braille s’est inspiré en 1829 pour mettre au point sa méthode d’écriture codée pour aveugles, mais bien de Paul Muad’Dib. Celui-ci, enfermé dans sa cécité et dans les grottes de Jacurutu a, en fait, inventé cette technique dans le but peu avouable d’envoyer des lettres cochonnes à ses maîtresses Fremen et pouvoir lire, d’une main, leurs réponses enfiévrées.

Mais comme il se défonçait en permanence à l’Epice, aux trips psychédéliques dévastateurs, ses correspondantes, lorsqu’elles caressaient ses missives écrites sur des rectangles de peau de ver, ne rêvaient pas d’heures de voltige à plusieurs, mais étaient prises d’une envie furieuse d’organiser des réunions Tupperware… La vie sexuelle du Prêcheur en pâtissait, mais l’analyse de ses lettres a donné naissance à une discipline nouvelle : l’iconographie braille, qui s’attache à interpréter les sensations subliminales provoquées tactilement par la lecture d’un texte ainsi rédigé.

Par un ricochet spatio-temporel tout à fait anodin pour quiconque a un jour croisé Zaphod Beeblebrox, l’iconographie braille a connu un engouement remarquable durant tout le XXème siècle, révélant des significations savoureuses cachées sous les œuvres d’aveugles célèbres.

Ainsi, quand on palpe la partition originale de Georgia on my mind apparaît à l’esprit Marilyn Monroe nue, celle de Sous les sunlights des Tropiques Karol Wojtyla, enfant, en short moulant et quand on frôle à regret du doigt les discours de George W. Bush une patate en robe de chambre s’impose à vous (1).

Des écrivains non-non voyants, désireux d’explorer toutes les voies de l’esthétique, se sont livrés aux mêmes jeux, et c’est précisément une phrase célèbre d’un entre eux que je prendrai en exemple pour illustrer cette technique merveilleuse qu’est l’iconographie braille.

Veuillez maintenant caresser votre écran ci-dessous


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La première strophe vous précipite immanquablement dans un marasme extrême. La pointe de violence sous-jacente de la première ligne a une tête de poing américain dans le foie, impression accentuée par la déliquescence vomitive des deux lignes suivantes. Les images les plus repoussantes viennent à l’esprit : but de Materazzi, rappel de Christophe Maé, JT de 13 heures sur TF1… Cette strophe chute sur l’angoisse ancestrale de l’homme devant l’inconnu menaçant…

Sa colère s’exprime crescendo dans les deux premières lignes de la seconde strophe, pleines d’images de fureur, de loups baveux hurlant à la Lune, de combats effrénés du pilier de bistro contre les machines à Rapido trop lentes… Mais le souffle épique tombe brutalement à la dernière ligne, laissant l’être humain seul face à son tiers prévisionnel.

Quel contraste avec la dernière strophe, toute en harmonie, évocatrice de nymphes se baignant nues sous une cascade, de peaux de bêtes devant une cheminée, de coup de boule dans la tronche de cet enfoiré de Materazzi ! La plénitude est atteinte, les angoisses envolées.

Et c’est somme toute normal, quand on sait que la phrase traduite en braille est « La réponse à la Vie, l’Univers et le Reste ». Et cette réponse, vous la connaissez…

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(1) Comment ça, il n’est pas aveugle ? Et son commentaire sur l’attentat du 11 septembre, je cite, « J’ai rien vu, j’étais de dos », alors ?