Écrit par Cynique

--

On appelle mécanique la branche de la physique chargée de l'étude du mouvement des systèmes physiques, mais aussi de leurs déformations et de leur état d'équilibre. Ainsi, curieusement, la statique, étude des systèmes au repos, ne tient pas d'autre rôle que celui d'un cas particulier de la dynamique, étude du système en mouvement, correspondant à une étude du système affecté d'un mouvement nul.

Cela posé, une question reste tue : pourquoi définir le repos par rapport au mouvement, et non l'inverse ? De quel principe la priorité épistémologique, voire ontologique conférée au mouvement s'autorise-t-elle ? Ne faut-il pas voir derrière la prééminence du mouvement sur le repos l'affirmation latente d'un discours de toute autre nature, sociologique et politique ? La normativité a-t-elle sa place en physique ?

C'est donc animé d'une saine volonté de clarification que nous déclarons, par ce manifeste, la naissance de la statique du mouvement, nouvelle branche de la physique se proposant de considérer le mouvement comme un cas particulier de repos. Que le public ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas là de l'affirmation péremptoire d'un chercheur désœuvré en mal de notoriété. De fait, nous insistons dès à présent la nature profondément heuristique de notre hypothèse de travail. La science est, avant tout, une tentative d'interprétation du réel : ses seuls critères sont l'efficacité, la simplicité et la cohérence. Que l'expérience vienne à prouver le bien fondé du paradigme actuelle, et nous nous retirerons sans la moindre contestation. Mais nous pensons toutefois qu'une attention insuffisante a été jusque là portée à l'objet de notre étude, et que la rigueur scientifique commande une investigation plus poussée.

Nous ne la développerons pas ici : l'objet de cet article est de porter à la connaissance du public les quelques hypothèses fondamentales sur lesquelles repose cette nouvelle discipline. A lui, selon son degré d'implication, d'en tirer toutes les conséquences ou de consulter d'autres publications.

Notre principal axiome peut s'énoncer comme suit :

Tout corps en mouvement dans un référentiel donné doit être considéré au repos.

Il s'ensuit donc que le principe d'inertie doit être reformulé de la sorte :

Tout corps persévère dans l'état de repos dans lequel il se trouve,  quelle que soit la force qui agisse sur lui.

Au lecteur étonné, qui croit lire ici l'affirmation de l'impossibilité du mouvement, nous demandons encore un instant de réflexion. De fait, nous ne nions pas le mouvement : nous considérons simplement que l'évolution d'un système physique qualifiée de la sorte peut-être avantageusement reformulée sous la forme d'une succession d'états d'équilibre parfait. Cela n'est bien entendu pas sans rappeler l'ancien paradoxe de Zénon d'Elée qui dans le but de soutenir la réfutation parménidienne du mouvement affirmait contre toute évidence qu'une flèche ne pouvait jamais atteindre sa cible. En effet, nous disait-il, on peut pour chaque intervalle de temps assez réduit assigner à la flèche une position précise dans l'espace, position avec laquelle elle coïncide parfaitement et donc ne bouge pas. Ainsi, pendant les instants suivants, elle va rester immobile pour la même raison. La flèche est toujours immobile et ne peut pas se déplacer : le mouvement est impossible.

Si nous souscrivons à l'analyse de Zénon, nous ne reprenons pas à notre compte sa malicieuse conclusion, qu'il faut avant tout comprendre comme une provocation. Le véritable point central de son argumentation reste cependant valable : le "mouvement" est décomposable à l'infini en une succession de positions immobiles. Comment concilier les deux? La réponse est simple, et nous la donnerons à la ligne suivante pour plus d'effet dramatique :

***RAPPEL***
a) La conception commune du mouvement repose sur l'idée d'un continuum de points parcourus par le mobile, nommé trajectoire.
b) Ces points sont définis par rapport au référentiel : le corps se meut par rapport à ce référentiel.
c) Nous appelons "repos" l'état d'un corps occupant un point précis et soumis à des forces se compensant.
d) On peut pour chaque instant t de durée assez courte considérer le corps comme en repos.

D'où l'on conclut que :

e) Le mouvement ne peut en aucun cas être conçu sans contradiction comme le déplacement du corps, et ce en raison de la nature profondément discontinue du phénomène réel.
f) Il faut donc le définir comme un état de repos prolongé. C'est là le nœud de l'argumentation. En effet :
g) Il existe un mouvement observable, tel que transmis par l'intermédiaire des sens. Mais les sens sont trompeurs : pensez à l'exemple bien connu du train se mettant en marche à côté du votre, et donnant ainsi l'illusion du mouvement de votre train, pourtant à l'arrêt. Ce qui nous amène à la formulation la plus propre de la statique du mouvement :
h) Tout corps en mouvement apparent est immobile par rapport à l'espace absolu. Il occupe toujours le même point, mais son référentiel subit lui une translation proportionnelle aux forces appliquées sur le corps, discontinue dans le temps et l'espace considérés comme résolument concrets.

Arrêtons-nous un instant aux conséquences morales d'un tel postulat. En effet, tant que le repos était défini comme une forme particulière de mouvement, le discours scientifique se doublait d'un discours idéologique tendant à suggérer que l'état naturel de l'homme est le mouvement. Or, nous l'avons vu, rien n'est moins vrai : l'homme est, à proprement parler, toujours en repos - c'est l'univers qui bouge. Curieusement, une expérience toute simple permet de vérifier cela, et d'ajouter à ce problème physique une dimension psychologique, voire existentielle : songez un instant à l'effort insensé que demande le simple geste de lever le bras pour éteindre son réveil matin, lequel effort est d'autant plus considérable que l'heure de réveil se situe tôt. Le discours dominant tendra à expliquer cette difficulté, tout en l'évaluant moralement, par une vertu nébuleuse nommée paresse. Il n'en est rien. L'explication basée sur la statique des mouvements est beaucoup plus plausible : plus il est tôt, moins de référentiels sont mis en translation par des corps "mouvants". De fait, l'énergie nécessaire pour mettre le sien propre en branle s'en trouve augmentée, car elle ne peut subir l'influence positive d'aucun adjuvant extérieur, un peu comme il est plus difficile de tracter un wagon seul que lorsqu'un autre arrive en contact par derrière.

La difficulté des concepts évoqués interdit hélas toute forme de représentation trop imagée, aussi arrêterons-nous là les analogies. Laissons à présent à d'autre personnes, plus perspicaces peut-être, le soin de poursuivre sur ces chemins que nous n'avons fait qu'indiquer.

***BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE***

-"Newton ist falsch", G. Leibniz, 1679, Berlin
-"De rerum somnolentia", Galilée, 1594, Pise
-"Du mosvemant, qu'il ey moult tromperys, et du repos quy me siay mieus", Rabelais, 1490, Paris
-"Leibniz is wrong, And I can Prove It", I. Newton, 1680, Londres
-"Le mouvement comme illusion de la volonté, et des conséquences d'une telle intuition sur la philosophie d'opérette de Hegel", A. Schopenhauer, 1850, Gdansk
-"Le père porcher", T Pratchett, 1998, Boston
-"Contribution définitive à l'élaboration d'une statique du mouvement", A Einstein et N. Bohr, 1939, New York
-"Quoi que dise Newton, il se plante", G Leibniz, 1681, Berlin
-["Ontologie critique du Stabilo"](http://www.parano.be/v15/propaganda/?action=listing&secteur=R42&news_id=48203), M Dantec, 2009, Cougarconvexe
-"Mécanique quantique, relativité et horaires des métros", service physique appliquée de la RATP (collectif), 2005, Paris
-"What's wrong with Leibniz? I can beat him with my eyes closed" I Newton, 1682, Londres
-"Statique du mouvement", cercle Lorrain du Pied de Cochon et de cinétique non conventionnelle, 2009, Metz