Écrit par Mezcal

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Dans le cadre d’un cycle de conférences à la Sorbonne, je suis allé écouter l’autre soir un philosophe hédoniste assez controversé, le professeur Godfinger, ainsi surnommé pour ses prouesses répétées lors des cours particuliers qu’il donnait jadis aux étudiantes de Berkeley. Son exposé, prononcé devant une foule haletante et essentiellement féminine, s’intitulait « Phénoménologie du coup de glotte dans la fellation danoise » et s’appuyait sur une quête ontologique originale, comme vous allez le constater :

« Pour mon maître Husserl, la phénoménologie prend pour point de départ l'expérience en tant qu'intuition sensible des phénomènes afin d'essayer d'en extraire les dispositions essentielles des expériences, ainsi que l'essence de ce dont on fait l'expérience.

Prenant au mot le grand homme, je me suis attaché depuis plus de trente ans à explorer la sensibilité d’une partie remarquable de mon anatomie, afin d’en faire extraire sans relâche par de jeunes et jolies doctorantes mon essence la plus intime et la plus savoureuse.

Vous l’aurez compris, sous mon magistère, ces chercheuses enthousiastes en sciences humaines donnent un baiser au grand chauve, jouent de la flûte enchantée, descendent au barbu, remontent la grande échelle du chef de la police et moi, je fournis le dentifrice… En un mot comme en cent, la pipe, la fellation, le pompier, voici la voie absolue de la connaissance du Moi profond !

De tout temps, la fellation a été l’objet de débats philosophiques et moraux passionnés. Questionné pour savoir si Lucy, notre ancêtre pratiquait des paléo-fellations, Yves Coppens répondit «Sûrement. A l’époque, il n’y avait pas d’interdits.»

Dans l’Egypte ancienne, le calumet était bien vu : il faut dire que c’est en le suçant qu’Isis, déesse de la fécondité, redonne la vie à Osiris, dieu des morts. Cléopâtre, quant à elle, aurait un jour gagné le surnom de Cheilon («grosses lèvres») en exerçant ses talents buccaux sur une centaine d’hommes de garde.
Pour leur part, les prostituées phéniciennes aimaient enduire de miel les sexes virils avant de les lécher.

Ce sont les Romains, toujours aussi snobs, qui commencèrent à stigmatiser cette réjouissante pratique, à leur sens héritée des peuplades « barbares » qu’ils ont vaincues : ils inventèrent même le terme « phénicianiser » synonyme de « se laisser pénétrer par la bouche »…

La chrétienté vint très vite pour condamner, elle aussi, cette pratique : au Vème siècle, chez les catholiques irlandais, la fellation est punie de quinze ans de prison au même titre que l’homicide… Des siècles et des siècles d’obscurantisme recouvrirent d’une soutane noire le pauvre Popaul frétillant.

Il fallut le courage de grandes dames pour relancer la recherche existentialiste du thermomètre à moustache, du chinois briqué et du salami turluté. On ne saurait jamais assez remercier France Gall pour « Les Sucettes » et Linda Lovelace pour « Deep Throat » !

C’est grâce à ses pionnières que la philosophie moderne put se réapproprier ce précieux objet de réflexion et de recherche du sens : ma bite !

Car, autant vous le révéler ce soir puisque vous êtes venues en nombre boire la semence de mon Verbe, belles jeunes femmes, je suis le fondateur de l’école de turlute la plus renommée du monde : l’école danoise, que j’ai créée en 1976 à Copenhague, dont les travaux sont entièrement dédiés au COUP DE GLOTTE.

Mon goût de l'étude m'a même amené à épouser une Française, originaire de St Claude. Mais, rassurez-vous belles gazelles, elle n'est pas jalouse.

En vérité je vous le dis, pour libérer l’Homme de l’obscurité de l’ignorance, pour tirer parti jusqu’au bout (c’est le cas de le dire) des enseignements de Ste Linda Lovelace, la glotte doit être agile, musclée et mutine.

D’ailleurs, c’est ce que les grands philosophes ont dit de tout temps, et il m’appartient de révéler au grand jour leur enseignement occulté par la bigoterie et l’hypocrisie !

Pour Platon, « il faut savoir qu'il y a dans chacun de nous deux principes qui nous gouvernent et nous dirigent : l'un est le désir inné de la pipe, l'autre l'idée acquise qu'il faut rechercher la glotte » (Phèdre).
Pour Sénèque, « le vit c'est une pièce de théâtre: ce qui compte ce n'est pas qu'il soit long mais qu'il soit bien avalé » (Lettres à Lucilius).
Pour St Thomas d’Aquin, « l'amour transformant l'amant dans la bouche fait entrer l'amant à l'intérieur de la glotte et vice versa » (Commentaire du IIIe Livre des Sentences).
Enfin, pour Bergson, « la vie apparaît comme un courant qui va des testicules à la glotte par l'intermédiaire d'un organisme développé » (L'Évolution créatrice).

Des cassettes vidéo, des DVD et des disques Blue-Ray seront en vente après la conférence, illustrant les leçons de ces grands penseurs. J’accepte les chèques et les cartes bleues. Et je suis disposé à rendre la monnaie en liquide… »

C’est un grand honneur pour notre pays d’accueillir des hommes à l’esprit si universel. Pour la peine, je lui ai acheté un DVD. Celui qui s’intitule « Epictète-moi le gros poupon ». La conférencière a l’air passionné…