Écrit par DocteurG

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Qu'est-ce qui caractérise l'humain ?

Des tas de jean-foutre ont des théories farfelues ou des réponses lapidaires et incongrues comme "le rire est le propre de l'homme" ou encore "les animaux n'ont jamais eu de guerre". A ceux-là il est facile de répondre que si la mouette rieuse et le merle moqueur portent ces noms, c'est bien que la tranche de poilade n'est pas homo-spécifique. De plus si vous connaissiez mon chien vous n'auriez aucun doute à ce sujet. Quant à la guerre, une simple observation des différentes colonies de fourmis se développant dans les jardins, les tapis de salle de bain ou les vivariums des muséums d'Histoire Naturelle permet de se rendre compte que notre espèce n'est pas la seule belliqueuse sur Terre.

Alors pour répondre à la question princeps de cet exposé il faut se tourner vers la science ; exploratrice infatigable, théoricienne réfutable, déchiffreuse expérimentale, la science nous éclaire de son flambeau en toute question obscure contrairement aux vessies déguisées en lanternes.
Selon la médecine, ce qui nous fait humain est la faculté d'avoir un télencéphale hautement développé, un pouce préhenseur à chaque main et éventuellement d'avoir eu la scarlatine.
Selon les psychologues cliniciens, c'est d'avoir envie de coucher avec sa mère et de tuer son père si vous êtes un garçon, l'inverse si vous êtes une fille.
Selon les anthropologues, c'est d'avoir une culture nomade de chasseur-cueilleur puis de se sédentariser grâce à l'invention de l'élevage (rendant obsolète la chasse) et de l'agriculture (rendant surannée la cueillette).

Le petit Popper des peuples le soulignait, la force de la science est d'être réfutable. On peut à l'aide d'arguments, d'expérimentations ou d'évidences aller à son encontre et proposer un nouveau paradigme qui sera la vérité jusqu'à preuve du contraire. Or si le coup du pouce préhenseur, du désir de relations incestueuses ou de la sédentarisation tient encore la route scientifique, il n'a échappé à personne s'intéressant de près à l'agriculture cette dernière n'est pas une caractéristique humaine. En effet les dernières datations à l'aide d'isotopes radioactifs et dévoilées lors du salon de l'agriculture ont montré que le concept d'agriculture date d'environ 250Ma pour son apparition, d'environ 150Ma pour son apogée. Une quasi-disparition est à noter de 65Ma à 10ka (date du renouveau) dans le passé.
Revenons donc sur cette période fondatrice de l'alimentation et constituant un pas gigantesque dans l'évolution biologique comme nous le verrons par la suite.

-250Ma c'est le Mésozoïque, c'est le règne des trilobites, graptolytes, fougères et autres échinodermes qui avaient supplanté les ammonites ou les foraminifères, ces minables du Paléozoïque ! Ces animaux en mourant lors de cette magnifique (#) crise primaire-secondaire ont libéré au fil des millénaires des quantités incroyables de calcaire dans les sédiments rendant les sols peu fertiles.

Les animaux dominants du Trias étaient les poissons et les reptiles, dans la Paléotéthys et sur la Pangée respectivement. Chaque embranchement phylogénétique devant subvenir à ses besoins dans ce monde cataclysmique a du adopter des comportements permettant la survie de ses espèces. Les poissons entretinrent le plancton, les reptiles les fougères et ces nouveaux végétaux hyper-modernes (&), les gymnospermes.

Il est un usage bien établi qui consiste en mer à éviter de trop salir, de trop exploiter les ressources, de trop générer de déchets, car il n'y a pas de lieu dans l'océan pour mettre les détritus et que si l'on pollue le liquide, c'est du nord au sud de la Paléotéthys qu'on en pâtit. Sur le sol terrestre c'est une autre histoire. Il existe toujours une cuvette, un lac, une dépression où balancer ce qui nous encombre. Et ça y restera à jamais.

C'est donc au Trias que les chondrychtiens et ostéichtiens ont mis en place l'agriculture raisonnée dans l'océan et que les sauriens, chélonates et autres tétrapodes écailleux ont développé une culture intensive.
Que s'est-il passé par la suite ?

Nous passerons rapidement l'épisode du Trias que nous venons d'aborder, certes les bases théoriques des systèmes d'exploitation agricole étaient définies mais ce fut surtout une ère de tests, d'essais-erreurs.
Ce n'est que plus tard que les deux systèmes purent être considérés comme mis en place et fonctionnels. Le plancton était bon et nombreux, les fougères gigantesques. Reptiles et poissons mangeaient à leur faim, ils étaient tous autosuffisants.

Et comme tout le monde était content il fut décidé d'entrer dans une nouvelle ère de prospérité, appelée Jurassique en souvenir de l'orogenèse hercynienne. Les poissons se contentèrent de croître et de multiplier le nombre des espèces en conservant des plans d'organisation originels. Poissons cartilagineux, poissons osseux cela leur suffisait bien, et tant que la manne du plancton serait là ils n'auraient rien à craindre. Ils produisaient ce dont ils avaient besoin et ne consommaient ni plus ni moins que leur production. Une autosuffisance équilibrée régulait la vie marine.

Pour les reptiles il s'agissait d'un autre refrain à la même chanson de la chaîne trophique. Rien n'était assez grand pour eux. Ils se mirent à cultiver les plus grandes fougères, les plus grandes herbes, les Cephalotaxaceae et autres Ginkgoaceae...
Du coup, les petits lézards prétentieux grandirent.
Et par conséquent ils eurent d'encore plus grands besoins.
Assez vite les plus gros exploitants agricoles pangéïques dominèrent le monde par le contrôle des ressources alimentaires.
Quelques sauriens essayèrent bien de rejoindre les poissons, mais leur corpulence massive montrait qu'ils avaient déjà subi le régime reptilien et jamais ils ne purent désévoluer en poissons.

Sur le sol ferme c'était de fait le règne des dinosaures. Ils entreprirent des réformes agraires destinées à augmenter encore plus la productivité : extraction de terreau au Deccan, importation de pesticides interstellaires au Yucatan. Malheureusement les excès dans ces pratiques ont engendré une violente éruption volcanique sans précédent et, comme un des astéroïdes de transport, Chicxulub (£), s'écrasa en pleine livraison il y a 65Ma, l'atmosphère fut très vite obscurcie de poussières et diverses scories.

Les plantes firent grève et refusèrent de continuer à pratiquer la photosynthèse. Du moins sur le sol immergé, une vaste fronde végétale mit à terre les gros consommateurs ne permettant, dans cette lutte finale, qu'aux tous petits, qu'aux modestes de survivre.

C'est pour cela que maintenant les lézards ont des proportions raisonnables et sont beaucoup moins arrogants que par le passé.
Les poissons, eux, n'eurent pas à subir ce conflit social, le plancton n'ayant jamais eu à se plaindre du comportement raisonnable des habitants des mers. C'est pour cela que maintenant encore un signe zodiacal leur est dédié.


(#) jusqu'à 96% d'espèces marines disparaissant, sans compter les trois quarts des espèces terrestres.
(&) Pour l'époque, depuis la graine a appris à cacher sa pudeur.
(£) Astéroïde de catégorie "convoi exceptionnel".