(Écrit par Arlequin)

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Les relations internationales sont généralement très compliquées. Avec plus de deux cent pays dans le monde (1) de toutes les formes, de toutes les tailles, parfois même en plusieurs morceaux avec des frontières mobiles, il est très facile d'oublier les petits malgré des efforts. Réparer cet affront n'est pas facile : certains pays frondeurs sont si petits avec un nom tellement peu prononçable qu'ils ne sont même pas reconnus sur le plan international (2) malgré leur nom tape à l'œil ! Or, que se passe t-il dans ces pays que personne ne connaît ? Ils disparaissent sans laisser de traces. Il faut alors ramasser les morceaux pendant que les coupables se cherchent un alibi. C'est inéluctable, puisque ce processus de disparition a aussi touché de grands empires que l'on a plus reconnu après quelques grignotages de territoires : en 1453, plus personne ne reconnaissait le puissant empire Byzantin alors à son apogée en 1025 ! (3) Pourtant, il était très facilement repérable puisqu'il consistait uniquement en la ville de Byzance ! La géopolitique de cette partie du monde était très simple et s'est encore simplifiée par la suite...

Que faire en cas de menace de disparition ? Le cas de l'Empire Byzantin peut mettre sur la voie. En effet, on raconte que pendant les jours qui ont précédé l'inévitable, les Byzantins ont préféré discourir de points de grammaire avec suffisance plutôt que de se préoccuper de leur situation, terrifiante à un point ! Au final, cette attitude qualifiée de prétentieuse et oisive a donné naissance au concept du Byzantinisme qui est « un penchant pour une subtilité excessive et oiseuse » Maintenant, analysons les résultats de cette politique inédite. En ayant complexifié la grammaire et enrichi la langue, les Byzantins se sont assurés la vie éternelle de tristes apatrides dans nos écrits. Maintenant, on connaît le Byzantinisme jusqu'aux confins de la Suisse ! Après 1453, des savants byzantins ayant fuit en Europe ont mis un point d'honneur à montrer aux autres pays la Richesse de Byzance (sur le plan grammatical à défaut du plan financier) pour organiser une croisade (4) qui ne verra jamais le jour, point final.

Maintenant, prenons un petit pays, la Suisse. Ce pays est riche et peut par conséquent attirer les convoitises de Venise, des descendants des médisant Médicis et des autres... De plus, comme les relations internationales sont compliquées, on peut penser que la diminution du nombre de pays va tout rendre plus simple. C'est là l'avantage de s'intéresser aux grands Empires (5)

Dans ces conditions, la Suisse doit absolument se faire entendre pour ne pas disparaître ! Pour cela, il est conseillé de prendre part aux affaires de ses voisins (6) Ainsi, personne ne va l'oublier. Malheureusement, cela ne suffit pas toujours : Avec une petite voix, il vaut mieux avoir un message original à faire passer. C'est dans ces conditions que naît le Byzantisme Suisse. De quoi s'agit-il ?

Prenant modèle sur le Byzantinisme Byzantin, après avoir testé le Byzantinisme Suisse (7), cette façon de penser fait fi de la situation internationale pour proposer une théorie qui peut faire peur à l'ensemble de la communauté internationale. Le Byzantisme Suisse est l'affirmation d'une influence Byzantine dans certains domaines qui caractérisent la Suisse. Comme rien de commun n'a été trouvé entre ces deux pays à part leurs grandes richesses (8), des diplomates diplômés ont compris que la Suisse affirmait au monde sa volonté de restaurer l'Empire Byzantin dans ses prérogatives passées ! Imaginez les chamboulements dans la géopolitique ! Du coup, ce petit pays neutre et pacifique qu'est la Suisse attire l'attention. Les tensions internationales se multiplient et ne sont pas prêtes de disparaître. On parle bien de Suisse Romande et de Suisse Normande (9), alors pourquoi pas une Suisse Byzantine ?

La politique du Byzantisme Suisse sert donc à augmenter l'impact géopolitique d'un petit pays en s'appuyant sur un grand empire disparu. Cette symbiose a de multiples avantages, notamment sur le plan touristique : le visiteur va aller au delà des clichés qui font la carte de visite de la Suisse (banques, horlogeries, chocolateries...) pour être complètement dépaysé ! Cependant, si ces associations rentables peuvent faire sourire, il faut être extrêmement prudent. A force de parler de l'Empire Byzantin, la Suisse pourrait finir par y perdre ses racines (Les Suisses Normands sont considérés comme Normands) et remplacerait ses traits de culture et d'architectures spécifiques (banques, horlogeries, chocolateries...) par des caractéristiques Byzantines (la basilique Sainte Sophie, la religion orthodoxe, la proskynèse...) Au final, certains n'y verraient pas la différence puisque ces deux pays sont considérés comme extrêmement riches. Certains Suisses voudraient bien vivre à Byzance pour tout l'or du monde, alors un peut d'auto-persuasion ne va pas leur faire de mal. D'autres ont le moral en Berne et regardent avec inquiétude la situation de leur petit pays tranquille. Pourquoi vouloir se faire remarquer sur la scène internationale si c'est pour voir leur pays disparaître au profit d'un empire romain dormant ?

Les relations internationales sont déjà compliquées sur des questions complètement absurdes. Alors imaginez un peu ce qui se passe sur des interrogations d'autant plus sérieuses !

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(1) Feinte pour dire « Je ne sais même pas le nombre de pays qu'il y a dans le monde »
(2) C'est le cas de la cocasse République d'Abkhazie dans le Caucase. Ce petit pays n'est reconnu que par la Russie.
(3) Voici une jolie carte de l'Empire Byzantin en 1025
(4) Byzance était tellement riche en 1204 que Venise a détourné la croisade de cette année pour prendre Constantinople ! L'Empire Byzantin disparaît alors jusqu'en 1261. C'est ce qui s'appelle « être victime de son succès »
(5) Après 1453, on remarquera que l'Empire Ottoman va réoccuper une bonne partie de l'Empire Byzantin au temps de sa grandeur et ainsi simplifier la carte de l'Europe.
(6) Cela explique la présence des Gardes Suisses au Vatican et le massacre des Suisses perpétré lors de la prise des Tuileries par les Révolutionnaires français en 1792.
(7) Il a suffit à la Suisse d'ignorer les guerres de 14-18 et 39-45 pour ne pas être inquiétée. Cette technique n'a malheureusement pas marché en Belgique.
(8) On raconte que certains Byzantins ont fuit en Suisse pour des raisons fiscales mais cette théorie révolutionnaire n'a pas encore été prouvée.
(9) Le très célèbre Petit Suisse est une invention Normande qui a pris ce nom pour un gage supplémentaire de qualité.