Écrit par lulli

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L’urbanisme, c’est l’étude des villes et l'organisation spatiale de rassemblement humain, en somme. Aujourd’hui, le sujet qui m’inquiète, est celui de l’urbanistique tzigane, belle de par sa conception même, en péril de par sa précarité.

Je me permets un bref historique sur l’histoire de l’urbanisme de ce peuple nomade. Il est important de bien cerner ce sujet qui reste fort complexe et laisse songeurs nos meilleurs experts. J’ai toutefois, pour vous, dégoté une personne capable d’en parler avec amour et plaisir, Mme Irma Lagrange.

« Mme Lagrange, vous vous passionnez pour ce peuple nomade depuis bien longtemps et c’est pourquoi aujourd’hui nous venons vous poser une question sur…
- C’est un peuple merveilleux, ils sont chaleureux et accueillants, leur maison de peu est toujours ouverte au vent et à la pluie, il m’y ont reçue telle une reine, comment l’oublier ?
-effectivement, cela a dû être fort comme expérience nous voudrions parler de…
-fort n’est pas le juste terme, c’était absolument inconcevable, merveilleux, à en pleurer Monsieur, à en pleurer…
-Si nous en venions à notre sujet sur…
-oui, parlons donc de leur misère, inconcevable dans nos pays de les laisser vagabonder livrés à eux mêmes et sans ressource ! une honte !!
-Madame Lagrange, parlez moi de l’urbain je vous prie !
-l’urbain est le seul lieu qui peut les accueillir un peu en retrait sur des terrains vagues, cela m'est intolérable comme pensée, ces femmes sans eau courante, ces hommes sans toit ! »

Après une bonne heure de discussion peu fructueuse on en arrivait à croire qu’Irma n'y connaissait rien quand soudain, une lueur dans son regard vitreux de boule de cristal dépolie…

« Ce peuple a une façon de concevoir ses villes absolument révolutionnaire, mais ça tout le monde le sait ça ne sert à rien de s’appesantir n’est-ce pas Monsieur ?
-Madame, je vous en prie, approfondissez donc vos idées sur ce sujet !
-si vous insistez, c’est fort simple. »

Le reste de son discours sera résumé, une fois lancée impossible de l’interrompre ou de la faire dévier, l’urbanisme tzigane c’était sa passion, son unique espoir et ses pires cauchemars quant à l’avenir d’une si belle construction.

Son constat est dans la durée. Effectivement, l’urbanisme sans durée n’a pas lieu d’être. Irma nous parle de durée courte durant laquelle ces gens du voyage passent par tous les stades de la création d’une ville avant d’en être chassés (pour diverses raisons pouvant aller – dans nos pays – de la gêne olfactive à –chez eux – leur besoin inné et étrange, « un brin bestial » selon Irma, de se mouvoir).

Ainsi, quand une troupe de nomades arrive dans un lieu plus ou moins vierge, il n’a… pour ainsi dire, quasiment rien. Une roulotte pour les riches, une tente percée pour les autres, deux trois fringues décrépies et des gamins aux mamelles. Ça chante, ça piaille, ça rit, ça chiale, ça vie et ça meurt.

Bon, on est dans la phase une du processus même d’urbanisation, l’anarchie des favelas en sommes… Il n’y a ni rue ni passage, ça ressemble à un empilement… de tissus et de matériaux hétéroclites. « C’est très joli, mais faut pas être frileux ».

Une fois les gens installés pour un temps incertain, ils commencent à tenter de gagner de quoi manger (non, je n’entrerai pas dans les polémiques plus où moins racistes dont m’a fait part notre amie Irma comme quoi les hommes prostitueraient toutes les femmes et qu’ils seraient tous mendiants, c’est répugnant et si c’est vrai, il vaut mieux l’oublier). Bref, ces braves gens gagner peu mais… un jour ils ont assez pour acheter une nouvelle chemise…

En attendant, la ville éphémère semble s’organiser, c’est la phase seconde ! On voit alors des zones de séchage du linge et zones pour manger, les maisons se distinguent un peu les unes des autres tout en restant imbriquées. « C’est encore plus joli le matin quand le soleil se lève » nous confie Irma toute songeuse. Ensuite, ensuite… Soit ils sont libres et leur urbanisme peut arriver à son paroxysme, soit pas.

Si ils sont libres (et ils devraient toujours l’être), ils repartent… Faisant de leur ville une ville fantôme, souvenir ! en moins de temps qu’il ne faut pour le voir… plus rien mis à part quelques déchets peut-être, quelques traces dans la boue…

En revanche, si ils ne sont pas libres… Ils commencent à construire en dur, à s’installer pour toujours, à se dénomadiser rendant leur urbanisme banal, sans intérêt, laid, odieux et donnant envie de les voir fuir dans la communes voisine.

Irma m’a enfin soufflé :
« si on leur laissait leur liberté de mouvement, ils ne dérangeraient personne passant sans repasser tels des ombres furtives… Mais à force de vouloir qu’ils aient une adresse fixe, on en fait des SDF en dérive, on les force à faire des murs… on dénature leur conception même de la ville, et cela n’est pas acceptable, non, vraiment pas ».

C’est pourquoi j’organise un front de libération des tsiganes : chassons-les de là où on les a parqués et que vive leur urbanisme !